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TÉMOIGNAGE

     Suite à la pièce de théâtre, une ex-décrocheuse, devenue intervenante, a bien voulu partager son expérience. Elle s'est entretenue dans ses propos :

     " Je pourrais dire que je comprends assez bien les jeunes puisque j'ai eu sensiblement la même expérience que beaucoup d'entre eux.

     J'ai décroché du système scolaire lorsque j'avais 14 ans. J'étais en 9e année, la cause étant que j'étais enceinte. Lorsque mon fils a eu deux ans, je suis retournée à l'école puisque pour moi c'était important les études. J'ai fait ma 9e année et la moitié de ma 10e tout en travaillant et en prenant soin de mon enfant avec qui je demeurais seule.

     Au début de la 10e année, j'ai dû abandonner parce que c'était trop difficile d'aller à l'école le jour, de travailler le soir et de ne pas pouvoir m'occuper de mon fils. Lui, il était à la garderie le jour et avec une gardienne le soir. J'ai donc fait le choix de laisser l'école pour prendre soin de mon enfant. J'avais environ 17 ans à ce moment-là.

     Pendant les 12 années qui ont suivi, j'ai commencé des cours du soir à cinq reprises mais sans succès. Je devais toujours lâcher pour des raisons telles que le manque de gardienne, les heures de travail au restaurant qui changeaient constamment, etc. Ce n'est qu'à l'âge de 29 ans que j'ai entendu parler du DEG. Je suis aller tenter ma chance et j'ai réussi les tests qui m'ont permis d'avoir mon équivalence de 12e année. J'étais très heureuse, je pleurais… de joie. C'était comme si je voyais de nombreuses portes qui s'ouvraient devant moi. J'avais beaucoup d'espoir. Cette même année, je me suis inscrite au Certificat en Service social à temps partiel (sept. 90). Quelques années plus tard (1994), je me suis inscrite à temps plein en psychologie. Là, j'ai frappé un mur; j'ai raté 5 cours sur 6. Je me suis rendue compte qu'il me manquait la base que j'aurais du avoir dans le système scolaire. Alors, je me suis retroussée les manches, j'ai déménagé à Moncton et je suis revenue à mon premier amour " le service social ".

     On est en 1995, à Moncton, monoparentale, deux enfants à charge, un de 15 ans et l'autre de 4 ans. Pas de voiture, trop près du but pour reculer mais à la fois assez loin pour vouloir parfois se sauver en courant. Finalement, en décembre 1997, je terminais mon baccalauréat en Service social, le coeur plein de joie et à la fois pleine de nostalgie. Nostalgie de ne pas avoir reçu, comme les jeunes de 17 - 18 ans, un graduation avec tous ses préparatifs.

     Pour terminer, j'aimerais dire aux jeunes que je suis consciente que ce n'est pas facile ce qu'ils vivent. Mais, si je compare les services aujourd'hui à ceux d'il y a 20 ans, ils sont beaucoup mieux.

     Allez demander de l'aide. Parlez de vos problèmes et surtout : restez à l'école! "

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